Éloge de la médiocrité : “Boss Energy, La Puissance de Croire en Soi” de Kelly Massol


Samedi 15 mars 2025 – Pavillon 1, Paris Expo Porte de Versailles

Me voici au salon pour découvrir l’univers de la franchise. Quelques semaines auparavant, j’avais reçu un mail des organisateurs annonçant la présence de Kelly Massol, alors que j’avais déjà découvert Kelly lors d’un entretien pour Maddyness quelques jours plus tôt. J’avais trouvé cet entretien très intéressant ; voilà qu’une opportunité s’offrait à moi pour l’écouter en live – il faudrait être idiot pour la manquer.

J’étais impatient ! En quittant la maison, j’avais programmé ma journée, espérant assister à la conférence de Kelly. À mon arrivée, on nous annonce qu’elle tiendra une séance de dédicace pour son livre : Boss Energy, La Puissance de Croire en Soi. À la fin de la conférence, je m’aligne rapidement pour obtenir un exemplaire dédicacé – moi qui déteste faire la queue, sauf en cas d’absolue nécessité. Précieuse, que je viens de croiser par hasard au salon, me demande alors si elle aura assez d’exemplaires pour tout le monde. Je plaisante : « Certainement, sinon elle devra renvoyer son manager et me donner le job ! » :face_with_tongue:

Quand mon tour est arrivé, je m’attendais à ce que Kelly me pose une question toute faite, comme lors des dédicaces de Souriants dans les Épreuves : « À quel nom souhaitez-vous que le livre soit dédicacé ? » À ma grande surprise, Kelly s’est intéressée à moi :
— « Bonjour, comment t’appelles-tu ? »
— « Je m’appelle Atem. Que fais-tu, Atem ? »
— « Avec ma startup, nous nous sommes lancés dans un périple pour résoudre le problème majeur de l’orientation des jeunes. »
— Elle m’interrompt : « Tout le monde se réoriente, car ils sont très mal orientés au lycée ; une fois arrivés à l’université, ils ne savent plus pourquoi ils sont là. C’est un très bon projet. »

J’ai vite compris pourquoi la file avançait à la vitesse d’un escargot : si Kelly s’intéresse à chacun avec autant d’enthousiasme – et en plus rédige un tout autre livre en guise de dédicace – on ne peut qu’être captivé. Pour ma part, j’ai toujours quelques phrases en tête, adaptées à mon interlocuteur ou au contexte. Ma phrase fétiche reste :
« Un homme intelligent trouve dans l’épreuve le chemin vers son propre bonheur. »
J’admire la manière dont Kelly procède. Mais alors, que retenir de cette expérience ?

En quittant le lieu, Précieuse – que nous avions accompagnée dans le cadre de World like Home – m’avoue être ravie d’avoir été présente, de m’avoir rencontré, (bien sûr, moi avant Kelly :face_with_tongue:), et d’avoir enfin rencontré Kelly Massol en personne. Je lui confie combien j’ai été impressionné par l’intérêt sincère de Kelly pour chacun, malgré la foule. Elle réplique en évoquant le fait qu’elle « travaille son argent ». Je lui réponds en plaisantant qu’elle pourrait aussi faire son Burna Boy, mais elle n’a pas osé.

Du coup, j’ai voulu en savoir davantage sur cette personnalité. Avec notre slogan chez World like Home – Le bonheur est gratuit –, je me plonge donc dans la lecture de Boss Energy.


Un récit poignant et inspirant

Sur la forme, « Boss Energy » est un livre facile à lire, bien que le chapitre « Qui veut être millionnaire (avant de devenir milliardaire) » semble hors de propos, rompant le contrat implicite établi avec le lecteur dans les chapitres précédents.

Kelly est née en 1983, d’une mère adolescente de 19 ans, contrainte, suite à une grossesse non désirée, de se marier avec un certain Bernard. Sa mère, Sylvie, la détestera toute sa vie en tant qu’enfant non désiré, n’hésitant pas à lui répéter :
« À cause de la césarienne que j’ai subie à ta naissance, tu as ruiné mon corps. Tu n’étais pas un enfant désiré. »

C’est finalement sa grand-mère maternelle, Dorothée, qui prendra en charge son éducation jusqu’à son entrée au collège. Lorsque Dorothée fait un AVC et demeure dans le coma pendant quatre longs mois, Sylvie se voit obligée de reprendre Kelly en main. Mais à 13 ans, la relation mère-fille est tellement dégradée que Kelly demande à être placée en famille d’accueil. En seulement quatre semaines, et sans opposition de sa mère, cela est fait. Elle est dès lors prise en charge par l’aide sociale à l’enfance jusqu’à ses 21 ans.

En 2004, Kelly crée le forum Boucles et Coton avec des amis, afin d’encourager les jeunes filles à respecter le sacro-saint commandement que lui avait transmis sa tendre grand-mère Dorothée : « Tu ne te défriseras pas. » C’est grâce à ce forum qu’elle trouvera ses premiers clients, au moment opportun.

Entre-temps, Kelly est contrainte d’abandonner ses études universitaires, tant il est difficile de concilier petits boulots d’étudiante et cursus. Elle entame alors une carrière à temps plein, passant du secteur des télécommunications à celui de la sécurité sociale. À la sécurité sociale, quelques mois seulement après son arrivée, son supérieur lui fait remarquer :
« Ton objectif est de traiter 80 appels par jour, avec une moyenne de 3 minutes 30 par appel. Or, tu traites 100 appels par jour avec une moyenne 2 minutes 30 par appel. Tu vas trop vite. »

Des expériences « do-it-yourself » née d’amitiés forgées autour de Boucles et Coton naît Les Secrets de Loly en 2009. Ce projet connaît dès la première année un vif succès. Quinze ans plus tard, Les Secrets de Loly réalise un chiffre d’affaires de 35 millions d’euros en 2024, et plus de 50 millions d’euros pour 2025, espérons-le !

Interrogée sur la décision qui a fait basculer la situation, Kelly répond : suivre le conseil de son oncle Marc, qui lui avait demandé d’aller rencontrer le directeur général de MGC à l’époque. Kelly ne voulait pas y aller, car MGC représentait, selon elle, ce qu’elle ne voulais pas être la médiocrité, le bas de gamme. Pourtant, cette rencontre aura tout changé pour Les Secrets de Loly. Une seule qualité essentielle ? La résilience.

Je trouve que le livre aurait mérité plus de contenu, mais Kelly nous avait prévenus dès la page 11 : « Je dis (presque) tout ».


Le paradoxe de la famille

Dans Boss Energy, on observe clairement ce que j’appelle le paradoxe de la famille. Celle-ci est le lieu où se côtoient à la fois le diable et l’ange. C’est une épée à double tranchant : d’un côté l’amour, de l’autre la haine, et pourtant, il s’agit de la même famille. Comme Kelly, chacun de nous est appelé à choisir le côté qu’il souhaite incarner au sein de ce noyau fondamental de la société.

La haine gratuite de sa mère est difficile à comprendre. Heureusement, il y a toujours tonton Marc et Dorothée (envoyée par le bon Dieu, peut-être ?) pour équilibrer la donne. Dans Souriants dans les Épreuves, j’avais déjà abordé ces deux facettes cachées de la famille en les plaçant respectivement dans les chapitres sur les frottements et sur le carburant. Et toi, que penses-tu de ce paradoxe ?


La sécu ou l’éloge de la médiocrité

L’expérience de Kelly à la sécurité sociale illustre l’éloge de la médiocrité. Dans un monde normal, on féliciterait quelqu’un qui dépasse les objectifs. Mais là, c’était l’inverse. Une amie a dû démissionner d’un poste de fonctionnaire de l’État au Cameroun, car, selon elle, il était interdit de proposer des initiatives ou de tenter de faire évoluer les choses. Il fallait se contenter de traiter 80 appels par jour, sans jamais dépasser la barre, même si certains jours on en traitait 60, voire 50, mais surtout jamais 100 !

Naïvement, je me disais qu’un tel raisonnement ne pouvait exister dans le pays des Lumières… enfin, sauf si cette lumière s’éteint avec Descartes !

En lisant Boss Energy, on comprend que c’est cette lutte contre la médiocrité qui pousse Kelly à se surpasser à chaque fois. Sans doute, la psychologue de la sécu avait-elle perçu, dès ses débuts, ce potentiel : « Si un jour tu t’ennuies, envoie-moi un mail. »


La chance n’existe-t-elle pas vraiment ?

« Travailler, travailler, travailler… Quand ai-je eu de la chance ? Jamais. En revanche, j’ai travaillé. CQFD. Le succès demande du travail. Rien ne tombe du ciel. » (p. 184)

Ici, Kelly affirme que la chance n’existe pas, sans toutefois préciser ce qu’elle entend par « chance ». Si l’on définit la chance comme « un heureux hasard, un succès qui nous arrive sans que nous ayons rien fait pour le provoquer ou le mériter », en opposition à la méritocratie, peut-on vraiment dire que Kelly a été chanceuse ?

Certainement. D’abord, Sylvie avait clairement indiqué qu’elle n’était pas un enfant désiré, donc ce par chance que Kelly est née. Ensuite, tonton Marc est décédé le jour même où il a insisté pour que Kelly aille écouter le directeur général de MGC – imaginez s’il était décédé seulement trois jours plus tôt !

In fine, il ne faut pas opposer la chance et la méritocratie. Il faut travailler comme si tout se méritait, tout en espérant comme si tout dépendait de la chance. Rassure-toi, les étoiles finiront par s’aligner.

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